De la formation des dirigeants

Les managers sont-ils bien formés ? Les business schools, les écoles d’ingénieurs – et ne parlons pas de l’ENA – ne sont-elles pas des « machines à cloner » ? Nombreux sont ceux qui préconisent des changements dans les programmes de ces écoles. Et si les entreprises diversifiaient davantage leurs recrutements ?

« Non, les business schools ne sont pas de simples gardiennes de l’économie capitaliste classique ». Ainsi s’exprimait Nicolas Mottis, professeur à l’Essec, en avril 2013 devant les auditeurs de l’École de Paris du management. Selon l’orateur, « en France particulièrement, mais aussi aux États-Unis, la mise en cause des écoles de management est une posture récurrente et convenue ».

Bien entendu, Nicolas Miottis a tenté de les défendre. Il a ainsi indiqué que les étudiants s’intéressaient de plus en plus à d’autres organisations que l’entreprise privée. Quant aux professeurs, ils peuvent être des critiques du modèle de l’entreprise classique. Et le professeur Miottis de citer son exemple, lui qui aborde dans ses cours la question des paradis fiscaux et de l’optimisation fiscale depuis plus de quinze ans.

Nicolas Miottis reconnaît cependant que certains professeurs se complaisent dans les discussions de haut niveau entre pairs et qu’ils devraient être « davantage capitalistes, c’est-à-dire plus engagés dans la vie des entreprises, voire à la fois responsables d’entreprises et enseignants ».

François Dupuy, le célèbre sociologue des organisations, disciple de Michel Crozier, est très sévère vis-à-vis des business schools dans « La faillite de la pensée managériale », son dernier livre. Pour lui, avec les grands cabinets de conseil, elles sont en grande partie responsables de cette « paresse intellectuelle », de cette « inculture générale et particulière qui a envahi le monde de l’entreprise », et qu’il dénonce tout au long de son ouvrage.

De même, les chercheurs du Collège des Bernardins dans « Penser l’entreprise. Nouvel horizon du politique », sous la direction d’Olivier Favereau et Baudoin Roger, préconisent-ils « d’approfondir les enseignements en sciences humaines (histoire, épistémologie, psychologie cognitive…) sur l’entreprise afin de développer une distance critique par rapport aux représentations économiques, financières et gestionnaires de l’entreprise […] ». Ils lancent l’idée de « créer un cours de synthèse de l’entreprise et les manières d’y produire de la valeur » confié à un historien.

Enfin, c’est Philippe Silberzahn sur son blog le 11 avril dernier qui dénonce « l’inculture politique de managers par ailleurs brillants ». Pour lui, « le problème est que ces managers viennent pour la plupart d’écoles de commerce ou d’ingénieurs, dans lesquelles ils ont reçu une éducation dépolitisée, qui leur a présenté l’organisation comme une machine calculatoire déshumanisée. Ils ont donc développé une version à la fois naïve (si je fais bien mon travail tout ira bien) et cynique (de toute façon je n’y peux rien) de leur fonction ».

Et de conclure que « la reconquête du management par les managers passe par le développement d’une culture politique. C’est à cela que devraient s’attacher nos programmes de formation pour réduire le nombre de tortues que comptent nos entreprises ».

On pourrait aussi imaginer que les entreprises diversifient leurs recrutements, notamment en s’adressant aux diplômés de l’université en sciences humaines et sociales.

C’est ce que font de grandes entreprises avec l’Opération Phénix. Elles s’engagent à offrir des postes de niveau cadre aux étudiants de Master 2 en Lettres, Sciences Humaines et Sciences de toutes les universités françaises, en leur assurant, une fois recrutés, une formation à l’environnement économique et à la vie des entreprises.

Pour Thibault Saguez, ancien bénéficiaire du programme, aujourd’hui chez PwC, les entreprises ont besoin de « collaborateurs avec une vision fraîche », de profils non formatés disposant « d’un esprit de synthèse et d’une grande autonomie héritée de leur parcours universitaire ».

Une initiative intéressante, mais qui reste malheureusement encore confidentielle. Allez, recruteurs, un peu d’audace…

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