Des manifestations et des casseurs

Pays de grèves, la France est aussi une terre de manifestations. Les unes ne vont souvent pas sans les autres. Certes, on peut être en grève sans manifester dans la rue. Mais, quoiqu’on en dise, quand il ne travaille pas, l’homme – et la femme, bien sûr, l’un n’allant plus sans l’une dans la rhétorique officielle – s’ennuie. En un mot, l’oisiveté ne lui est pas naturelle. Par conséquent, le travailleur ayant cessé son activité ne peut pas, la plupart du temps, rester passif. Il préfère donc battre le pavé plutôt que regarder la télévision. C’est d’ailleurs pour cela qu’il appelle ce jour de grève, une « journée d’action ».

Ce serait tout à son honneur, au travailleur, si ces manifestations sur la voie publique n’avaient pas de nombreuses « externalités négatives ». Tentons d’en faire l’inventaire avant de proposer des solutions pour minimiser, et même supprimer, ces désagréments.

Saletés, dégradations et scènes de guerre

Premier inconvénient : la circulation routière est perturbée. Et quand la manifestation est concomitante à une grève dans les transports publics, le citoyen subit une double peine. On nous rétorquera que l’inconvénient est mineur, voire qu’il est plutôt bienvenu car il aide à l’éradication de l’automobile des centres urbains, nouvelle antienne des maires qui se veulent modernes. Certains iraient jusqu’à soutenir que les pouvoirs municipaux soufflent sur les braises en poussant leur agents à se joindre aux cortèges et contribuer ainsi à amplifier la pagaille. Nos investigations ne nous ont pas permis de confirmer cette thèse iconoclaste que, par conséquent, nous n’adopterons pas.

Deuxième inconvénient des manifestations : la dégradation de la voirie, du mobilier urbain, des propriétés privées et des bâtiments publics. Habitant entre République et Nation, je ne peux que constater, après chaque défilé, la saleté sur la voie publique. C’est à se demander si les manifestants ne sont pas venus avec des sacs remplis de cochonneries pour les jeter dans la rue. Bouteilles, gobelets, journaux, tracts, restes de nourriture et papiers gras, sacs en tout genre, etc. jonchent les rues. Les employés de la propreté n’ont pas d’autre choix que d’employer les grands moyens pour tout nettoyer. Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là. Les révoltés ont aussi une passion pour le collage. D’affiches ou de stickers. Avec frénésie, ils en apposent partout. Sur les panneaux de signalisation routière, dans les voitures et les couloirs du métro, sur les murs des immeubles et les vitrines des commerçants. Il y a quelques semaines, la façade d’une crèche municipale à côté de mon domicile était ainsi entièrement recouverte d’affiches appelant à manifester pour « sauver la planète »… Sans doute les affiches, l’encre et la colle étaient-elles certifiées « bio » ! Nous pourrions aussi évoquer les nuisances sonores dont sont victimes les riverains.

Troisième inconvénient, et non des moindres : la venue de casseurs. Le phénomène semble prendre de l’ampleur à chaque manifestation. Les désormais célèbres « black blocs » sèment la terreur, et tels Attila et ses Huns, détruisent tout sur leur passage. Enfin, tout ce qui, à leurs yeux, représente le capitalisme honni et l’État, lui aussi capitaliste : banques, commerces – les restaurants McDonald’s sont très prisés – bâtiments publics, voitures… et forces de l’ordre. Un de leurs slogans est « ACAB » pour « All cops are bastards ». Lors du défilé du 1er mai 2018 à Paris, ces fous furieux ont été particulièrement efficaces. Vêtus de noir, ils sont masqués et grimés lorsqu’ils passent à l’attaque, et restent mélangés aux autres manifestants afin qu’il y ait des blessés et des morts si la police intervient. Très bien organisés, utilisant des réseaux cryptés pour communiquer, ils sont devenus de véritables professionnels du chaos. Craignant une bavure et une nouvelle affaire Malik Oussekine ou Rémi Fraisse, le gouvernement laisse généralement faire et empêche les forces de l’ordre d’intervenir. Ce qui a laissé stupéfaits, puis révoltés, les citoyens qui ont assisté à une véritable scène de guerre.

Quatrième et dernier inconvénient : les manifestants se dénombrent difficilement. Nous sommes habitués à ce que les médias nous donnent deux chiffres : celui des organisateurs et celui de la police. Ce dernier est généralement deux ou trois fois moindre que l’estimation donnée par les organisations à l’origine de la manifestation. Le citoyen lambda en conclut que les organisateurs grossissent le nombre de manifestants, alors que la police le minimise. La vérité serait ainsi entre les deux chiffres, dans la moyenne. Pour avoir une bonne moyenne, les syndicats ont donc intérêt à grossir considérablement leur chiffre. Finalement, le citoyen ne sait jamais si la manifestation a été un succès.

Des mesures de bon sens

Quelles mesures pourrait-on mettre en œuvre pour, sinon supprimer tous ces désagréments, du moins en réduire la portée ?

Première mesure : demander aux organisateurs de faire le ménage. Avant de rentrer à la maison, les manifestants pourraient consacrer quelques heures au nettoyage des rues et des bâtiments salis. Ou bien, si cela s’avère difficile à mettre en place – certains, en effet, risquent d’avoir un train à prendre pour rentrer chez eux – la municipalité pourrait exiger le remboursement des frais de remise en état. Après tout, la Mairie de Paris a demandé à « La Manif pour Tous » de payer 100 000 euros pour la remise en état de la pelouse du Champ de Mars dégradée après la manifestation du 13 janvier 2013. Cette disposition pourrait être généralisée. Ce serait un bon moyen de responsabiliser les organisateurs, et peut-être les manifestants.

Deuxième mesure : étendre la première mesure aux dégradations des casseurs. Les organisateurs de manifestations jurent toujours leurs grands dieux qu’ils n’ont rien à voir avec ces casseurs et que ceux-ci les ont infiltrés à leur insu. Paroles, paroles. L’observateur attentif est bien obligé de constater que toutes les manifestations ne se terminent pas en champ de ruines. Par conséquent, les casseurs n’investissent pas tous les défilés, mais bien ceux dont ils sont idéologiquement proches. Il y a donc souvent une complaisance, parfois même un soutien aux casseurs de la part d’une certaine gauche. Exiger des syndicats de payer la note laissée par les casseurs devrait donc, en toute logique, aboutir à la disparition de ces excités des cortèges.

Troisième mesure : sommer les manifestants de défiler nus. En effet, le naturisme est à la mode. Les créneaux horaires réservés aux naturistes existent depuis fort longtemps dans les piscines municipales. L’idée est désormais étendue à toutes les activités. Un espace naturiste existe dans le bois de Vincennes depuis septembre 2017. Le 5 mai 2018, ce sont près de 200 personnes – alors qu’il y aurait eu près de 30 000 demandes – qui ont pu visiter, dans le plus simple appareil, le Musée de Tokyo à Paris. « Une journée inoubliable » a déclaré l’Association des naturistes de Paris (ANP). Le 7 juin dernier, sur la chaîne OCS, débutait une série télé intitulée « Nu ». L’action se passe en France en 2026. Les habitants y sont contraints de déambuler en tenue d’Ève et d’Adam pour lutter contre le terrorisme. Et cela grâce au réchauffement climatique. Victor Hugo aurait dit que « rien n’arrête une idée dont le temps est venu ». Je propose donc que nous appliquions cette mesure, dans un premier temps, aux manifestations sur la voie publique. L’avantage est double : les casseurs ne pourraient plus cacher leur visage ni dissimuler des armes ; et le comptage des véritables manifestants s’en trouverait facilité.

Quatrième mesure : opérer un vrai décompte du nombre de manifestants. Certes la mesure précédente pourrait régler une partie du problème. Il n’en reste pas moins que les manifestants ne savent pas défiler. S’ils étaient bien alignés comme les troupes le 14 juillet, le dénombrement serait aisé. N’espérant pas des défilés au pas de l’oie, quelques grands médias se sont enfin emparés du sujet. On comprend mal pourquoi ils n’ont pas réagi plus tôt. Après tout, ne suffisait-il pas de demander à des huissiers de faire un constat en bonne et due forme ? Apparemment, non. Toujours est-il qu’aujourd’hui, une société – Occurrence – comptabilise le nombre de manifestants. Le premier acte a eu lieu le 12 septembre 2017 lors de la première manifestation contre la réforme du Code du Travail. Il y avait, à Paris, 60 000 manifestants selon les syndicats, 24 000 selon la police… et 29 329 selon Occurrence. Une deuxième mesure a été faite à l’occasion de la manifestation de la fonction publique le 22 mars 2018. La CGT a annoncé 65 000 personnes ; la police, 49 000. Et Occurrence, 47 800. On aura remarqué que le cabinet privé annonce des chiffres assez proches de ceux de la police. On s’aperçoit surtout que les organisateurs deviennent moins délirants : en septembre 2017, ils annonçaient plus du double de manifestants que le cabinet Occurrence ; en mars 2018, l’écart n’était plus que de 36 %. Souhaitons que cette initiative soit reconduite à chaque manifestation pour faire cesser les polémiques stériles sur le nombre de participants.

LA solution : être de son temps

Les quatre mesures proposées, si elles étaient simultanément mises en œuvre, permettraient de réduire les inconvénients liés aux manifestations de rue. Mais, elles ne sont que des pis-aller. Il existe une solution, et même LA solution. Celle qui consiste à être de son temps, c’est-à-dire en un mot, à être moderne et à adopter la manifestation virtuelle. De nombreuses solutions sont proposées pour lancer une pétition en ligne : change.org, avaaz.org, citizaction.fr, mesopinions.com, etc. Il suffirait d’utiliser une de ces plateformes pour lancer une manifestation en ligne. Chaque personne qui le souhaite pourrait ainsi se déclarer manifestante. Le dénombrement des participants serait instantané ; les casseurs resteraient chez eux ; la circulation automobile ne serait pas perturbée ; les rues n’auraient plus besoin d’être nettoyées ; les dégradations seraient inexistantes. Bref, cette solution cumule tous les avantages.

Je vois déjà les esprits chagrins m’expliquer que je n’ai vraiment rien compris aux manifestations. Certes, il s’agit de protester. Mais les manifestants n’aiment rien tant que se rencontrer, discuter, manger et boire ensemble. Un en mot : communier. Un défilé virtuel ne pourra être qu’un pâle succédané. Ce ne sera qu’une manifestation sans âme, sans vie.

Ces arguments ne sont pas à rejeter en bloc. Une solution alternative serait alors que les manifestants se réunissent dans un lieu circonscrit, comme une base aérienne désaffectée ou un camp militaire abandonné. Les lieux ne manquent pas avec la réduction du périmètre de l’Armée française.

Ainsi, les manifestants pourraient être filtrés à l’entrée, et comptés. Les défilés ne gêneraient personne. Le nettoyage des lieux serait facile, et à la charge des organisateurs bien sûr. Les participants pourraient faire griller des merguez et vider des canettes de bière. Des caméras pourraient être installées afin de vérifier encore le nombre de manifestants, et retransmettre l’événement en direct sur Internet.

On pourrait même envisager un bail emphytéotique !

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