Le masque en entreprise : Castex ou casse-pieds ?

Plusieurs lecteurs de votre bulletin préféré nous ont laissé entendre qu’ils avaient apprécié, en son temps, l’article de votre serviteur intitulé « La véritable recette du Mac(a)ron »[1].

Comment pouvions-nous alors résister à l’appel d’un nouveau jeu de mots au sujet du « Protocole national pour assurer la santé et la sécurité des salariés en entreprise face à l’épidémie de COVID-19 » qui constitue un véritable casse-tête pour ceux qui ont à le mettre en œuvre ?

Casse-tête d’abord parce que ce document a été rendu public le 31 août 2020, c’est-à-dire la veille de son entrée en vigueur, et, paraît-il, à 22 heures. Les entreprises n’avaient donc que quelques heures de nuit pour en prendre connaissance et le mettre en application.

Casse-tête ensuite dans les mesures elles-mêmes. Citons, pêle-mêle, la désignation d’un référent Covid-19, la mise en place de plans de circulation dans les locaux, la forte incitation à associer les représentants du personnel et représentants syndicaux à la mise en œuvre des mesures, la recommandation d’intégrer les mesures de protection concernant les salariés dans le règlement intérieur de l’entreprise, etc.

On se demande si Jean Castex, qui était, depuis le 6 avril 2020, coordonnateur de la stratégie nationale de déconfinement, ne continue pas à exercer ces fonctions en même temps que celles de Premier ministre. Car, le « protocole » prévoit tout. Ou du moins, essaie…

Trois pages sur le port du masque

Le chapitre sur le port du masque, qui s’étend sur trois pages (sans compter les annexes 3 et 4) est à cet égard révélateur de la propension de la bureaucratie française à s’immiscer dans les moindres recoins de notre quotidien.

Il est en effet indiqué que « le port du masque grand public est systématique au sein des entreprises dans les lieux collectifs clos. Il est associé au respect d’une distance physique d’au moins un mètre entre les personnes, de l’hygiène des mains, des gestes barrières, ainsi que du nettoyage, de la ventilation, de l’aération des locaux et la gestion des flux de personnes ». Ces masques doivent être de préférence réutilisables, couvrir à la fois le nez, la bouche et le menton, et répondre aux spécifications de la norme AFNOR S76-001.

Le document précise qu’il est possible de retirer temporairement son masque à certains moments dans la journée. Pour cela, il est nécessaire qu’un certain nombre de mesures soient prises, mesures variant en fonction du niveau de circulation du virus. Ainsi, dans les zones dites « vertes » ou la circulation du coronavirus est faible, il sera possible de retirer temporairement son masque si les locaux de l’entreprise bénéficient d’une ventilation/aération fonctionnelle régulièrement entretenue, s’il existe des écrans de protection entre les postes de travail, si les salariés ont à leur disposition des visières, et s’il existe une procédure de gestion rapide des cas de personnes symptomatiques.

Bien évidemment, dans les « zones rouges », de plus en plus nombreuses, où le SARS-CoV-2 circule activement, les mesures sont plus drastiques. Il ne sera alors possible, pour les salariés, de retirer leur masque quelques minutes que s’ils bénéficient chacun d’un espace de quatre mètres carrés et si les locaux sont équipés d’une ventilation mécanique.

Heureusement, le protocole prévoit que « les salariés travaillant seuls dans un bureau (ou une pièce) nominatif, n’ont pas à porter le masque dès lors qu’ils se trouvent seuls dans leur bureau ». En revanche, dès qu’une personne entre dans la pièce, ils doivent derechef se masquer.

Dans les ateliers, il est possible de ne pas porter le masque « dès lors que les conditions de ventilation / aération fonctionnelles sont conformes à la réglementation, que le nombre de personnes présentes dans la zone de travail est limité, que ces personnes respectent la plus grande distance possible entre elles, y compris dans leurs déplacements, et portent une visière ».

Pour les travailleurs en extérieur, le port du masque est nécessaire en cas de regroupement ou d’incapacité de respecter la distance d’un mètre entre personnes.

Dans les véhicules, chacun doit porter le masque. L’entreprise est contrainte, par ailleurs, de prévoir une procédure effective de nettoyage / désinfection régulière du véhicule.

Nous vous faisons grâce du « protocole de prise en charge d’une personne symptomatique et de ses contacts rapprochés » qui figure dans le document du 31 août, tout comme des « bonnes pratiques à promouvoir dans la gestion des flux de personnes » et des modalités pratiques de nettoyage des surfaces et d’aération des locaux.

Attention à la prise de température !

Arrêtons-nous, en revanche, un instant sur le contrôle de température des salariés. Il n’est pas recommandé, le gouvernement conseillant plutôt chacun à prendre lui-même sa température à son domicile.

Si toutefois l’entreprise décide d’organiser un contrôle de la température à l’entrée des locaux, celui-ci ne peut être, en aucun cas, obligatoire. Le salarié est donc en droit de le refuser. Et si l’employeur refuse l’accès des locaux à un employé qui ne se serait pas fait contrôler, il est tenu de lui payer sa journée de travail.

Par ailleurs, si opération de contrôle de température il y a, elle ne peut se faire de façon automatisée. Les caméras thermiques sont donc proscrites.

Rappelons-nous que le masque était jugé inutile, voire dangereux, au début de la pandémie. Il est désormais obligatoire, en tout temps et en tout lieu. Qui nous dit que, demain, le contrôle de la température, ne subira pas le même sort ?

Cette interdiction de prendre systématiquement la température ne vise-t-elle pas plutôt à éviter que l’on constate que le cerveau du Premier ministre et des fonctionnaires qui ont inventé ce protocole est en pleine surchauffe ?

Car ne faut-il pas avoir une forte fièvre pour oser publier un tel document qui est une insulte à tous les dirigeants d’entreprise ? Ces derniers sont-ils à ce point idiots, irresponsables, incompétents qu’ils ne peuvent trouver, en concertation avec leurs collaborateurs, les mesures de protection les plus adaptées à la situation de leur entreprise ?

Comme l’a dit Benoît Serre, vice-président délégué de l'Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH), sur France Info, on « aurait préféré qu'on nous fasse confiance », car, précisait-il, « depuis le mois de mars, les entreprises ont démontré leur capacité à s'adapter à grande vitesse ».

Allonger la rue Castex ?

L’objectif du Premier ministre est clair : « tout mettre en œuvre pour éviter un confinement général » a-t-il déclaré le 26 août à l’université d’été du Medef. Et la mesure phare pour y parvenir est l’obligation du port du masque.

Jean Castex n’est pas loin de penser qu’avec son « Protocole national pour assurer la santé et la sécurité des salariés en entreprise face à l’épidémie de COVID-19 », il est en train de sauver la patrie.

Un tel acte ne mérite-t-il pas une rue à son nom ?

Malheureusement, cette rue existe déjà, dans le quatrième arrondissement de Paris, à quelques pas de la place de la Bastille. Elle fait référence à Pierre Castex, originaire lui aussi du Gers, colonel dans l’armée impériale, tué à la bataille d’Austerlitz.

Deux rues Castex à Paris ne sont pas possibles. Mais peut-être pourrions-nous allonger l’existante, car elle ne fait que 120 mètres. Elle pourrait aisément se prolonger en absorbant la rue des Tournelles qui, elle, fait 580 mètres. Et pourquoi pas s’élargir ?

La lutte contre la Covid-19 vaut bien une avenue.

[1] Liberté économique et progrès social n°159, printemps 2017.

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