Non, le CDI n'est pas mort !

La fin du CDI est annoncée. Pourtant, un secteur qui a la flexibilité pour fond de commerce – le travail temporaire – promeut le CDI-intérimaire. N’est-ce pas aller à l’encontre de la marche du monde ? A moins que cela ne soit que du talent management

C’est entendu, l’ubérisation et l’économie collaborative favorisent les emplois flexibles – ou précaires, selon le point de vue – qui prennent la forme de contrats à durée déterminée (CDD), d’intérim, d’auto-entrepreneuriat, de portage salarial, de travail à temps partagé ou dans un groupement d’employeurs… Bref, le contrat à durée indéterminée (CDI) de papa est mort. Ou du moins, il est moribond. Sa mort est annoncée, même si l’on ne connaît pas encore le jour et l’heure.

Pourtant, il y a quelques jours, un chef d’entreprise me confiait qu’il avait essayé diverses formes de collaboration, mais qu’une seule lui donnait entière satisfaction : le CDI à temps plein. Et dans les locaux de l’entreprise, s’il vous plaît. Et pourquoi donc ? Parce que c’est la seule façon de constituer une véritable équipe qui travaille vraiment ensemble. Exeunt donc les free-lances, le temps partiel et le télétravail, toutes choses pourtant d’actualité et promises à un bel avenir.

Ce patron est peut-être atypique. Pourtant, il n’est pas seul. Ceux du travail temporaire n’ont-ils pas obtenu en 2014 la création du CDI-intérimaire (CDI-I) ? Le Centre d’Études de l’Emploi (CEE), dans une publication de février 2016 intitulée « Quand le patronat de l’intérim vante les mérites du CDI », se penche sur cette curiosité. Car « un secteur, qui repose sur la flexibilité de l’emploi, s’engage à donner un statut professionnel stable aux travailleurs temporaires via des contrats de travail à durée indéterminée (CDI) a de quoi étonner ».

De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’un contrat de travail, signé entre une agence de travail temporaire et un intérimaire, prévoyant que ce dernier soit rémunéré de manière continue, qu’il soit ou non délégué en mission dans une entreprise utilisatrice. Entre deux mission, l’intérimaire peut suivre une formation, être mis en congé ou attendre la prochaine mission.

Finalement, les entreprises de travail temporaire (ETT) copient là, en quelque sorte, les ESN (entreprises de services du numérique, ex-SSII) qui placent leurs salariés chez leurs clients pour des missions parfois de très longue durée, et continuent à les rémunérer quand ils sont en intercontrat.

Mais pourquoi se lancer dans une telle initiative, de prime abord à rebours de l’évolution du marché du travail ? L’étude du CEE avance l’hypothèse que le secteur de l’intérim, longtemps considéré comme marchand de chair humaine, veut « poursuivre son mouvement de reconnaissance, d’institutionnalisation et d’expansion ». Bref, il entend continuer à redorer son blason, c’est-à-dire se présenter « comme un acteur de l’emploi responsable, porteur d’une flexibilité acceptable ».

C’est ainsi que le CDI-I est souvent présenté comme favorisant la sécurisation des parcours professionnels et le partage des compétences. Un argument qui ne convainc pas les auteurs de l’étude qui ont remarqué que les agences proposaient le CDI-I à des personnes qui enchaînaient déjà les missions et qui ne faisaient donc pas partie de celles ayant le plus besoin de sécurisation.

Ce jugement sera à revoir d’ici quelques mois, voire quelques années quand le CDI-I fera véritablement partie du paysage. Car le dispositif est récent, et il n’a véritablement pris son envol qu’en août 2015 quand la loi Rebsamen a supprimé le délai de carence et porté la durée des missions à 36 mois. Attendons de voir si l’objectif des 20 000 contrats sera atteint en 2017.

L’étude avance aussi l’idée que l’intérêt du CDI-I est d’abord celui des ETT qui, avec ce contrat, peuvent réaliser des marges plus importantes. Surtout, le CDI-I permet aux agences de gagner des marchés ou de ne pas en perdre. En effet, l’intérim n’a longtemps eu que la concurrence du CDD. Aujourd’hui, les possibilités d’emploi flexible se sont multipliées. Avec le CDI-I, le travail temporaire reprend l’offensive. Et c’est heureux car plus les types de contrats sont nombreux, plus les entreprises et les demandeurs d’emploi peuvent trouver une formule adaptée à leur situation.

Mais ce qui fait vraiment l’intérêt du CDI-I, c’est qu’il permet de fidéliser les intérimaires les plus fiables, les plus qualifiés, les plus adaptables à différentes missions et environnements de travail.

Comme l’indiquait Frédéric Monlouis-Félicité, le Délégué général de l’Institut de l’Entreprise, dans Le Figaro Magazine du 18 mars 2016, « 80 % des jeunes au chômage n’ont pas dépassé le bac ». Et les chiffres de Pôle Emploi montrent que les employés et les ouvriers non qualifiés représentent à eux seuls la moitié des chômeurs et que les deux tiers des demandeurs d'emploi n'ont pas le bac.

Les agences d’intérim ont donc raison de fidéliser leurs meilleurs éléments. Ce sont ceux-ci que les entreprises recherchent, et qu’elles ont parfois du mal à trouver si l’on se fie au nombre d’offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur.

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