Fonctionnaire : une situation vraiment peu enviable ?

La Fabrique de l’Industrie est un laboratoire d’idées, fondé en 2011 principalement par l’UIMM, l’organisation patronale de la métallurgie. Son objectif est d’approfondir la connaissance sur la réalité et les perspectives de l’industrie en France et en Europe.

Une des activités de la Fabrique de l’Industrie est de publier des études et rapports. Un des derniers en date s’intitule « Portraits de travailleurs. Comprendre la qualité de vie au travail ».

Le document s’appuie sur l’enquête « Conditions de travail » conduite en 2013 par la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail). Les chercheurs de la Fabrique de l’Industrie ont exploité les données pour faire émerger les caractéristiques objectives et subjectives de la qualité de vie au travail. Ils ont ainsi construit des profils d’individus en fonction de leurs conditions de travail (objectif) et de leur ressenti par rapport au travail (subjectif).

À la fin du premier chapitre – qui détaille huit profils d’actifs –, la parole est donnée à Martin Richer, responsable du pôle « Entreprise, Travail & Emploi » de Terra Nova, un autre think tank, cette fois proche du parti socialiste.

Monsieur Richer trouve un grand mérite à l’étude de la Fabrique de l’Industrie, ainsi qu’à l’enquête de la Dares : elles permettent « de remettre à leur place quelques idées reçues ». Il y trouve notamment de quoi réduire en miettes « bon nombre d’approximations fantasmatiques sur les fonctionnaires ».

Martin Richer démontre ainsi la fausseté de sept idées reçues sur cette population :

1. Les fonctionnaires ne se fatiguent pas

Dans le secteur privé, 35 % des salariés signalent au moins trois contraintes physiques dans leur travail. Cette proportion est identique dans la fonction publique territoriale (FPT). Elle est moindre (20 %) dans la fonction publique d’État (FPE). En revanche, elle est nettement plus élevée (53 %) dans la fonction publique hospitalière (FPH).

Par ailleurs, entre 2005 et 2013, le travail s’est davantage intensifié dans la fonction publique que dans le secteur privé. Ainsi, 46 % des agents de la FPH indiquent ne pas pouvoir interrompre momentanément leur travail quand ils le souhaitent. Ce ratio est de 44 % dans la FPE et de 30 % dans la FPT, alors qu’il est de 28 % dans le privé.

Conclusion : les agents de la fonction publique sont, sur ce point, et exception faite de ceux de la FPT, moins bien lotis que les salariés du privé. Affirmer que les fonctionnaires ne se fatiguent pas au travail est donc faux.

2. Fonctionnaire est un job de tout repos

De prime abord, on pourrait penser qu’il s’agit du même sujet qu’au point précédent. Non, il est ici question de risques psycho-sociaux (RPS). Prenons, par exemple, le travail du dimanche : 29 % des agents de la FPE travaillent le dimanche, 30 % de ceux de la FPT et 48 % dans la FPH. Dans le privé, le taux n’est que 26 %. Rappelons que ces données concernent l’année 2013, soit avant le vote de la loi Macron sur le travail dominical.

Autres exemples, 43 % des agents publics vivent des situations tendues avec le public contre 27 % dans le secteur privé ; 67 % d’entre eux sont en contact avec des personnes en situation de détresse contre 38 % dans le privé ; ou encore 30 % des agent publics sont évalués par des personnes qui connaissent mal leur travail contre 23 % dans le privé.

Conclusion : les agents de la fonction publique connaissent une « pénibilité psychologique » autrement plus importante que les salariés du privé. Affirmer que l’emploi de fonctionnaire est de tout repos est donc faux.

3. Les fonctionnaires sont protégés des changements et rétifs à la réforme

Les fonctionnaires connaissent davantage de changements organisationnels (24 %, et même 31 % dans la FPH) que les salariés du secteur privé (20 %). Ces changements sont mieux vécus dans le privé que dans la fonction publique où ils sont mal préparés et imprévisibles.

Conclusion : les agents de la fonction publique connaissent davantage de changements que dans le privé, et ils y sont moins bien préparés. Affirmer que les fonctionnaires sont protégés des changements et rétifs à une réforme bien préparée est donc faux.

4. Les fonctionnaires sont des privilégiés du fait de la sécurité de l’emploi

Le sentiment d’insécurité de l’emploi a fortement augmenté entre 2005 et 2013, y compris dans la fonction publique. C’est ainsi que 47 % des cadres de la fonction publique déclarent craindre de perdre leur emploi.

Par ailleurs, 19 % des agents publics sont toujours ou souvent en désaccord avec leur hiérarchie, contre 16 % pour les salariés du privé.

Conclusion : les agents de la fonction publique craignent autant, sinon plus, que les salariés du privé, de perdre leur emploi. Affirmer que les fonctionnaires sont des privilégiés sur ce plan est donc faux.

5. Les fonctionnaires sont à l’abri de la discrimination

L’équité est davantage présente dans le privé que dans le secteur public. En effet, 27 % des salariés du secteur privé pensent que leur supérieur ne traite pas équitablement les personnes qui travaillent sous ses ordres, contre 32 % des agents publics (et même 39 % dans la FPH).

Conclusion : les agents de la fonction publique sont moins bien traités par leur manager que les salariés du privé. Affirmer que les fonctionnaires sont à l’abri de la discrimination est donc faux.

6. Les fonctionnaires bénéficient d’une bonne protection vis-à-vis de leur santé au travail

Alors qu’il est obligatoire, seuls 46 % des employeurs privés ont élaboré le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUER). Dans la fonction publique, la proportion est très variable : 75 % dans la FPH, 51 % dans la FPE et 33 % dans la FPT.

Par ailleurs, 29 % des salariés du privé ont été consultés pour l’élaboration du DUER, contre 34 % dans la FPE et 36 % dans la FPT. Il semble ne pas y avoir de chiffres pour la FPH.

Conclusion : les agents de la fonction publique sont davantage couverts par un DUER que les salariés du privé, exception faite de ceux de la FPT. Et ils sont davantage associés à l’élaboration de ce document que les salariés du privé. Affirmer que les fonctionnaires bénéficient d’une bonne protection vis-à-vis de leur santé au travail est donc vrai.

7. Le management dans la fonction publique a des années de retard

Dans le privé, 30 % des salariés disent manquer d’autonomie. Un ratio qui est de 24 % dans la FPE, 31 % dans la FPT et de 39 % dans la FPH.

Si l’on considère les entretiens professionnels annuels obligatoires, 48 % des salariés du privé en bénéficient. Dans le public, le taux est de 68 % (57 % dans la FPE, 75 % dans la FPT et 81 % dans la FPH).

Conclusion : les agents de la fonction publique bénéficient de davantage d’autonomie que les salariés du privé, exception faite de ceux de la FPH. Et ils sont plus nombreux que les salariés du privé à bénéficier d’entretiens professionnels. Affirmer que le management dans la fonction publique a des années de retard est donc faux.

Quel est donc le score de ce match public/privé ? Cinq à deux, en faveur du secteur privé. Sur les sept critères choisis, les salariés du secteur privé semblent mieux traités que ceux du secteur public pour cinq d’entre eux. Et nous ne parlerons pas des salaires pour lesquels les fonctionnaires étaient dans la rue il y a quelques jours.

Mais Martin Richer, l’auteur du commentaire, n’en tire pas la conclusion qui s’impose. À savoir qu’il est urgent, dans l’intérêt même des fonctionnaires maltraités, d’engager un grand mouvement de privatisation, comme le suggérait l’IREF après l’élection présidentielle. À commencer par l’hôpital, dont les agents semblent être en souffrance.

Le plus étonnant dans tout cela, c’est l’opposition farouche de nombre de fonctionnaires, et surtout de leurs syndicats, à une telle réforme qui permettrait pourtant d’améliorer leur sort.

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