Bonjour tristesse

Il y a 65 ans, Françoise Sagan, alors âgée de 18 ans, connaissait le succès – et le scandale – avec son roman de 188 pages, Bonjour tristesse.

La tristesse dont il est question dans le livre est liée à la disparition d’un être cher, dont les autres protagonistes du roman sont en partie responsables du fait de leur insouciance et de leur irresponsabilité.

Des événements récents ont plongé de nombreux Français dans la peine. Les flammes de Notre-Dame qui ont ému jusqu’aux athées. La disparition des soldats du commando Hubert, tués à cause de deux inconscients en voyage de noces – malgré tout reçus avec les honneurs à leur retour par le président de la République. Les sauveteurs de la SNSM, péris en mer par la faute d’un marin pour le moins imprudent.

La tristesse dont nous voulons vous entretenir aujourd’hui est d’une tout autre nature. Elle est celle qui est en train d’envahir notre monde du fait des interdictions qui pleuvent sur le moindre quidam. Prenons quelques exemples.



Les plaisirs de la table ? criminalisés

En début d’année, Didier Guillaume, ministre de l’agriculture, évoque le vin comme « un produit de bonheur ». Il reconnaissait que « l’addiction à l’alcool est dramatique », mais ajoutait : « je n’ai jamais vu, à ma connaissance, malheureusement peut-être, un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône ». Une défense des produits du terroir et des « petits coups » pris entre copains.

Que n’avait-il dit là ! Sa collègue ministre de la Santé lui est tombée dessus à bras raccourcis : « on ne peut pas banaliser ainsi la consommation d’alcool ». Sans compter les hygiénistes de tout poil qui proclament à tout instant que « les prétendus effets bénéfiques du vin sont largement surpassés par les risques liés à l’alcool qu’il contient ». Les auteurs de cette phrase, le professeur Amine Benyamina et le docteur Bernard Basset, écrivaient dans Le Figaro du 6 mai 2019 que « l’alcool est un produit cancérigène dès le premier verre ».

Nous sommes aussi enjoints à arrêter d’autres nourritures. Le centre international de recherche sur le cancer a ainsi classé la viande rouge comme « probablement cancérogène pour l’homme » et la charcuterie comme assurément cancérogène.

Quant aux antispécistes, ils nous promettent un monde dans lequel l’homme ne mangerait plus aucun animal, son prochain. Les végans, eux, souhaitent interdire tout produit issu des animaux. Si la viande et le poisson sont bannis, c’est aussi le cas des œufs, du lait et du beurre, et même le miel. Finis donc le croissant ou la tranche de brioche au petit-déjeuner, ou le kouign-amann au dessert. De toute façon, ces mets sont chargés de sucre, déclaré nouveau poison par le corps médical.

Bref, les plaisirs de la table sont en passe d’être criminalisés. Et il est probable que des films comme « Le festin de Babette », « Salé sucré », sans parler de « La grande bouffe » disparaîtront bientôt des rayons de DVD et des plateformes de streaming !



L'ivresse des voyages ? interdite

N’espérez pas non plus continuer à prendre du plaisir au volant de votre voiture. Il est vrai qu’à 80 kilomètres à l’heure, la conduite devient presque un supplice. De toute façon, la bagnole est en train d’être chassée des villes, à commencer par Paris. Et avoir un véhicule électrique ne vous avancera pas à grand-chose puisque les pouvoirs publics s’ingénient à rendre la circulation impossible. Certains – tel Gaspard Gantzer, candidat à la mairie de Paris – rêvent même de supprimer le périphérique.

Ne pensez pas à prendre l’avion pour échapper à cette atmosphère pesante. L’ex-ministre Delphine Batho entend supprimer les vols intérieurs, trop polluants. L’interdiction pure et simple de ce mode de transport ne sera d’ailleurs peut-être pas utile, tant le bourrage de crâne vert – plutôt gris-vert d’ailleurs, ou feldgrau comme on disait dans les années 40 outre-Rhin – semble faire son œuvre. Les Suédois, par exemple, sont atteints du flygskam, c’est-à-dire de la honte de prendre l’avion à cause des émissions de CO2. Oubliez aussi le bateau de croisière dont on nous certifie qu’il peut émettre en une journée autant de particules fines qu'un million de voitures.



La compagnie des femmes ? dangereuse

Compter fleurette n’est pas non plus recommandé. Après l’affaire Weinstein, tous les hommes sont accusés d’être des prédateurs en puissance. Un écrivain américain, John Stoltenberg, n’a-t-il pas déclaré que c’est « la masculinité tout entière qui est toxique » ? Désormais, toute parole aimable, tout compliment, toute galanterie de la part d’un homme pourra être jugée, par la femme, comme offensant, voire comme du harcèlement. Avec le risque de se retrouver devant les tribunaux, ou pis, d’être mis en pâture sur les réseaux sociaux.

La procréation elle-même est rejetée par certains, à l’instar de l’ancien ministre de l’environnement de Lionel Jospin, Yves Cochet, qui n’a pas peur d’écrire dans L’Obs du 3 janvier 2019 : « Ne pas faire d’enfant supplémentaire, c’est le premier geste écologique ».


Que reste-il de nos amours ?

Certains préfèreront sans doute rire de tout cela, sans penser qu’ils risquent, eux aussi, d’être voués aux gémonies. Aujourd’hui, toute plaisanterie peut offusquer un individu, une minorité, une « communauté », qui alerte alors toute la scène médiatique pour demander excuses, voire réparations. Cette chasse permanente de la parole non politiquement correcte conduit inévitablement à l’autocensure. En présence d’individus que vous connaissez mal, vous ne pouvez que tourner quinze fois votre langue dans votre bouche avant de vous exprimer. Et choisir minutieusement un sujet de conversation qui ne fâche pas.

À l’heure des smartphones et des objets connectés, la moindre parole et le moindre geste peuvent être enregistrés. Même la poupée de la petite dernière et le robot ménager peuvent vous espionner. Faudra-t-il désormais demander à tous ceux qui sont sous votre toit d’enlever la batterie de leur téléphone portable, et actionner un brouilleur de fréquences afin d’avoir un comportement et une parole vraiment libres ?

Bref, le monde qui vient, vous l’avez compris, sera sans plaisir… et sans plaisirs. Triste comme un jour sans pain (au fait, le pain est-il encore autorisé ?).

Philippe Nemo a montré, en 2014, dans son ouvrage « Esthétique de la liberté », combien le socialisme était laid. On ne s’étonnera pas qu’il soit aussi triste.

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