Jupiter à l’Élysée

Emmanuel Macron, en octobre 2016, alors qu’il n’était encore qu’un candidat parmi d’autres, déclarait qu’il serait un Président « jupitérien ».

Que signifie donc être « jupitérien » ? Sinon tenir de Jupiter, le dieu des dieux qui gouverne la terre comme le ciel, qui est dominateur et impérieux.

Il semble qu’Emmanuel Macron ait d’abord voulu signifier par là qu’il ne serait pas un président « normal », comme le revendiquait son prédécesseur. Ainsi prendrait-il de la hauteur, du recul face aux événements et ne serait-il pas constamment dans l’arène, évitant de se mêler sans cesse des affaires du monde.

Les premiers pas présidentiels d’Emmanuel Macron amènent à s’interroger. En effet, quand celui-ci apparaît à ses partisans, le 7 mai 2017 au soir, dans la cour du Louvre, devant la Pyramide n’est-il pas plutôt pharaon ? Un pharaon qui, sous l’ancien empire égyptien, était le fils du dieu solaire Râ, et lui-même un dieu chargé de maintenir en ordre la création. Au fil des époques et des dynasties, la divinité du pharaon évoluera, mais sera toujours affirmée, essentiellement à des fins politiques. Le Président Macron voulait-il signifier par là qu’il mettait ses pas dans ceux de son lointain prédécesseur, à l’origine de cette pyramide et que la presse avait alors surnommé « Mitteramsès » ou « Tontonkhamon » ?

Mais quand le Président de la République remonte les Champs-Élysées à bord d’un VLRA – véhicule léger de reconnaissance et d’appui –, autrement dit un « command car » emprunté aux gendarmes du camp de Satory, n’est-il pas Mars, le dieu romain de la guerre ? N’est-ce pas Mars-Macron (Marscron ?) qui tance vertement le chef d’état-major des armées, le général de Villiers, avec le désormais fameux « Je suis votre chef » ? Cette hypothèse se trouve renforcée quand on sait que le tout nouveau chef de l’État voulait apparaître aux yeux de la foule ébahie non pas dans la cour du Louvre, mais au Champ de Mars. Il ne serait alors que le fils de Jupiter.

Mais cette hypothèse est farfelue, si l’on en croit Bruno Le Maire. Le ministre de l’économie et des finances a déclaré, à New-York, le 29 juin de cette année, au cours d’un dîner : « Emmanuel Macron est Jupiter... Je suis Hermès, le messager, celui qui doit transmettre le message. »

Nous ne nous attarderons pas sur le fait qu’Hermès est grec et Jupiter romain. Le ministre aurait dû parler de Mercure, son équivalent romain. On pardonnera cette faute au ministre, pourtant normalien, mais qui n’a que l’agrégation de lettres modernes.

Hermès était dieu du vent ; Jupiter était représenté tenant la foudre. C’est à se demander si ces deux-là n’ont pas quelque chose à voir avec les cyclones qui ont dernièrement ravagé les Antilles.

D’ailleurs, à la mi-septembre, le Président de la République s’est rendu sur l’île de Saint-Martin. Il y a réconforté les sinistrés. Il leur a apporté de l’eau. Il les a rassuré sur les indemnisations. Il y a partagé leur triste sort en dormant sur un lit de camp à la gendarmerie et en se douchant avec un seau d’eau. Il ira jusqu’à patrouiller la nuit avec les forces de l’ordre pour empêcher les pillages. Et il a promis la fin des ouragans grâce à la fin du diesel.

Cette activité frénétique ne correspond pas vraiment à l’idée que nous nous faisions de la prise de hauteur précédemment évoquée. Ce serait oublié que Jupiter, assimilé à Zeus comme nous le savons tous, l’est aussi parfois à Shiva, le dieu hindou représenté avec quatre bras.

Pharaon, Mars, Jupiter, Shiva… les avatars d’Emmanuel sont nombreux. Précisons, que dans l’hindouisme, un avatar est l’incarnation d’un dieu venu sur terre pour rétablir l’ordre. La nature divine du Président de la République ne semble plus faire de doute.

Les rois de France se faisaient sacrer à Reims pour s’élever au-dessus du reste des laïcs, sacraliser la fonction royale et la rendre inviolable, la Bible affirmant l'inviolabilité de celui qui a reçu l'onction. Mais jamais ceux-ci n’ont prétendu que la cérémonie en faisait des dieux.

Dans l’Antiquité – référence gouvernementale – les grands chefs aimaient à brouiller les frontières entre les divinités et eux. Selon Charles Senard, auteur d’« Imperator » :

« Alexandre le Grand se proclamait le fils de Zeus, et fut divinisé après sa mort ; Jules César, quelques siècles plus tard, affirmait descendre, via Énée, de Vénus ; Auguste enfin, son fils adoptif, fut à sa mort déifié et rangé parmi les dieux de l’État romain, à l’instar de nombre de ses successeurs ». [1]

Se faire déifier est une idée « passée de mode chez nos contemporains » affirme Charles Senard dans son ouvrage. Il est vrai que ce dernier a été publié en février 2017. L’auteur ne pouvait deviner ce qui allait se passer trois mois plus tard. Ni que la déification interviendrait du vivant du chef.

Assurément une novation.

[1] Charles Senard, « Imperator. Diriger en Grèce et à Rome », Les Belles Lettres, 2017.

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