Priorité à la lutte contre le chômage. Vraiment ?

Le plan annoncé par François Hollande vise davantage à faire baisser les mauvais chiffres que le nombre de demandeurs d’emploi. Une fois de plus, on passe à côté des bonnes solutions. Par idéologie, par manque de courage politique et, surtout, par ignorance économique.

Ce lundi 18 janvier 2016, l’exécutif a dévoilé son plan de lutte contre le chômage. Il avait été annoncé par François Hollande lors de ses vœux du 31 décembre. Le Président de la République avait alors affirmé : « La lutte contre le chômage reste ma première priorité ». En effet, depuis le début de son quinquennat, François Hollande promet la baisse du nombre de demandeurs d’emploi. Une baisse qui n’est pas encore arrivée, malgré les circonvolutions mensuelles des ministres du travail successifs pour expliquer qu’une amélioration se cache derrière chaque hausse.

Entre le 31 décembre et le 18 janvier, les administrations concernées ont donc eu moins de trois semaines pour pondre un plan à la va-vite, qui – cette fois, c’est promis – va vraiment changer les choses. Qu’il soit permis d’en douter.

Quelles sont les mesures annoncées ? Tout d’abord, former 500 000 chômeurs supplémentaires pour un coût estimé à un milliard d’euros. Puis, une prime à l’embauche de 2 000 euros par an pour les entreprises de moins de 250 salariés recrutant un salarié payé jusqu’à 1,3 fois le Smic. La troisième mesure consiste à encourager l’apprentissage par de nouvelles aides à l’embauche d’apprentis. Quatrième annonce : transformer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse de charges après 2017. Enfin, dernière mesure, la création d’un nouveau régime pour les entrepreneurs individuels.

Reprenons ces mesures une par une. La formation de 500 000 demandeurs d’emploi laisse beaucoup de commentateurs sceptiques. En effet, outre son coût exorbitant de plus d’un milliard d’euros, sa faisabilité est remise en cause. L’appareil de formation existant est-il capable d’absorber une telle demande ? Et si c’était le cas, le chef de l’État ne cherche-t-il pas à faire sortir les chômeurs des statistiques ? Cette arrière-pensée ne peut être exclue. D’ailleurs, il convient à mon sens, de mettre en parallèle la volonté de François Hollande d’étendre le service civique afin qu’il accueille 350 000 jeunes par an. Il s’agit là de retarder l’entrée de la moitié d’une classe d’âge sur le marché du travail.

Il est probable que beaucoup de demandeurs d’emploi n’ont pas les qualifications nécessaires pour occuper un emploi. Mais ne peut-on inverser la façon de prendre le problème ? Dans les années 90, j’avais suivi de près une expérimentation dans le BTP en Languedoc-Roussillon. Elle consistait à trouver d’abord un emploi à des chômeurs. Au bout de quelques jours de travail, celui-ci manifestait son désir d’occuper un tel emploi et le chef d’entreprise confirmait ou non son envie de travailler avec la personne. Ensuite seulement, on mettait en place une formation en alternance, adaptée aux besoins des deux parties. Les résultats étaient excellents. C’était du travail de précision, possible au plus près du terrain.

La deuxième mesure est la prime à l’embauche. Là encore, on dépense largement comme si on en avait les moyens, et comme si les déficits publics ne devraient pas, un jour ou l’autre, être financés par une fiscalité qui aggravera, à son tour, le chômage. Mais, surtout ne pensons pas aux générations futures, et concentrons-nous sur le taux de chômage pour 2017.

Rappelons que les aides à l’emploi représentent déjà plus de 7 milliards d’euros par an. Pour quel résultat ? Bien maigre, à vrai dire. Certes, cette mesure va contribuer à faire baisser le coût du travail. Mais, comme le montre une étude de la Dares, dans le secteur marchand, « l’aide financière n’est déterminante que pour 19 % des embauches ». L’effet d’aubaine domine donc.

Par cette mesure, on reconnaît, une fois de plus, mais sans le dire, que le coût du travail est vraiment trop élevé en France. Il aurait donc fallu plutôt s’attaquer à ce problème à bras-le-corps. Comme le soulignait Frédéric Monlouis-Félicité, le délégué général de l’Institut de l’Entreprise, dans Le Figaro Magazine du 8 janvier 2016, « Chaque salarié consacre environ 40 % de son revenu brut à ses assurances sociales mutualisées (retraite, maladie, assurance-chômage…), soit 5 mois de ­revenus par an, avant impôts. » Il précise également que « La part des dépenses de protection sociale dans le PIB est passée de 14,3 % en 1959 à près de 32 % en 2014, contre 22 % en moyenne dans l’OCDE. Ces 670 milliards d’euros proviennent à 62 % des prélèvements directs sur le travail (cotisations sociales employeurs et salariés) et à 17 % de la CSG et CRDS. »

La quatrième mesure promet une baisse de charges par la transformation du CICE, mais après 2017, c’est-à-dire avec une nouvelle majorité. Est-ce vraiment sérieux ?

Et puis, comment peut-on promettre une baisse des charges et donner une prime à l’embauche, alors que dans le même temps on s’évertue à augmenter le coût du travail. Ne citons que deux exemples récents : le compte personnel de pénibilité et la généralisation de la mutuelle. Un artisan, entendu ces derniers jours à la radio, estimait que la mutuelle allait lui coûter 1 000 euros par an pour son seul et unique employé et pour une protection minimale.

Quant à la troisième mesure – encourager l’apprentissage –, elle va, sans doute, dans le bon sens. Mais là encore à coup de dépenses publiques. Ne peut-on améliorer l’existant sans coûts supplémentaires ? Ne peut-on, par exemple, simplifier les flux financiers qui sont d’une complexité extrême comme l’ont montré Cahuc et Ferracci dans une note du Conseil d’analyse économique ? Pour cela, il faudrait faire preuve d’un peu de courage en s’attaquant à tous ceux qui vivent du système en le ponctionnant.

Enfin, la cinquième mesure consiste à créer un nouveau régime pour les entrepreneurs. On ne sait pas encore ce que recouvre cette mesure, mais sans doute s’agira-t-il de revenir sur les mesures prises en 2014 comme le stage préalable à l’installation, de relever les seuils de chiffre d’affaires, etc. L’Insee nous a appris il y a quelques jours que le nombre de créations d'entreprises en France avait reculé de 4,7 % en 2015, pour s'établir à 525 091. Une réduction due à la forte baisse des immatriculations de micro-entrepreneurs (-21,2 %)

Un recul dû exclusivement, selon la Fédération des autoentrepreneurs, à la réforme Pinel « qui a complexifié le système, densifié les procédures en ajoutant des lourdeurs, et engendré une perte de confiance dans le régime ». Voilà comment on se prive de 60 000 créations d’entreprises, c’est-à-dire potentiellement d’autant d’emplois !

Quoi qu’il en soit, une question de fond demeure : les entreprises embaucheront-elles, alors que la croissance sera faible en 2016 ?

Car, comme le montre une étude de l’Iref, « la création nette d’emplois – c’est-à-dire lorsque les créations d’emplois sont supérieure aux destructions – n’est possible que lorsque la croissance économique compense les gains de productivité par tête. » Or, avec une croissance estimée à 1,2 % par l’OCDE pour 2016, et une hausse de la productivité évaluée à 2,24 %, il y a fort à parier que, cette année, les créations d’emplois ne compenseront pas les destructions.

Une véritable réforme consisterait donc à encourager l’épargne et l’investissement, moteurs de la croissance, en libérant le travail et le capital. Il ne semble pas que nous en prenions le chemin.

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